Partir en vacances avec Bingo m’a causé un réel problème. Cela ne fait que six mois que nous l’avons recueilli, très faible, en bas de l’immeuble.
Tout doucement il s’est familiarisé avec les bruits de la maison mais il suffit d’un son plus aigu, du micro-ondes par exemple, pour qu’il détalle à fond de train, les yeux hagards pour se réfugier sous le lit.
C’est exactement ça que je craignais. Qu’il prenne peur et se sauve dans la nature, dans un espace complètement inconnu, sans aucune chance de retrouver son chemin.
Avant le départ j’ai acheté des phéromones en spray pour « marquer » les pièces de la maison de location et un diffuseur pour rendre l’air ambiant rassurant.
Le voyage a été horrible. Il a miaulé pendant les 600 kilomètres, ne cessant que lorsque nous étions à l’arrêt. Les cris étaient moins désespérés quand Tilt voulait bien se coucher contre la valise de transport. Bingo collait alors son nez contre les poils du chien et se calmait. Malheureusement, Tilt ne reste jamais bien longtemps immobile.
Arrivé dans la maison de vacances, après avoir longtemps hésité à sortir, Bingo est allé se cacher sous un canapé. Au fil des heures, il sortait quelques instants puis, comme s’il venait de voir Le Diable, retournait se cacher, son pauvre petit corps haletant comme s’il venait d’échapper à un grand danger.
Le deuxième jour, à force d’encouragements et d’aspersion de phéromones, il a bien voulu manger un sachet de Science Plant. Il raffole de ces sachets et dans le cas présent cela m’a permis de l’alimenter et de l’hydrater en même temps.
Je pensais sans cesse à ce qu’avait dit le véto : pour son VIF, il ne faut pas de stress. C’était réussi ! Après avoir dormi pour digérer son Science Plan, Bingo s’est réveillé presque tranquille. Il a exploré la maison avec méfiance et a fini par accepter le « nid » que je lui ai confectionné devant la fenêtre afin qu’il voit les oiseaux.
Pendant le séjour nous avons pris garde de ne jamais le laisser sortir, il n’était pas encore prêt, l’année prochaine peut-être… Heureusement il n’a pas fait trop chaud, il suffisait de fermer les volets et d’entre bailler les fenêtres pour rafraîchir les pièces.
Je sais que chez nous, il occupe ses journées à regarder l’aquarium et la rue depuis la fenêtre de chambre. Le matin et le soir, quand j’aère, il se poste tantôt sur le balcon pour regarder ses anciens compagnons d’infortune se nourrir dans les poubelles, tantôt sur la fenêtre de la salle de séjour qui donne sur une cour intérieure pleine d’oiseaux. Comparativement, en vacances, le spectacle est plutôt mince.
Pour qu’il ne s’ennuie pas, j’ai beaucoup joué avec lui jusqu’au jour où j’ai oublié un de ses jouets sur le parquet.
Au beau milieu de la nuit nous sommes réveillés, alertés par des bruits de chute. J’ai pensé que Bingo ou Tilt était malade et qu’il se débattait contre une douleur insupportable. En fait, c’était Bingo qui se jetait sur son jouet, le lançait, le rattrapait et cela faisait beaucoup de bruit sur le parquet.
Nous l’avons regardé, ravis de son bonheur. Le manège s’est reproduit toutes les nuits mais nous n’avons jamais eu le cœur de retirer le jouet.
Pour le retour j’ai acheté un médicament calmant à la pharmacie mais je n’ai sans doute pas donné la dose suffisante car nous avons fait 300 kilomètres ponctués de Miaouuuuu ! désespérés. Ensuite, il s’est résigné surtout quand Tilt, épuisé par ses vacances, s’est endormi à côté de lui.
De retour à l’appartement, il ne s’est pas fait prier pour sortir. Il a inspecté chaque pièce en poussant des miaulements autoritaires comme pour dire « je reprends possession des lieux » et s’est précipité sur le balcon.
Cette aventure l’a enhardi. Il s’est encore rapproché de nous, tolère plus de bruits et manifeste de plus en plus son attachement par de longs câlins ponctués de ronrons.