UNE SORTIE QUI SE TERMINE MAL
Hier, comme tous les matins, Tilt est sorti avec son maître. Au retour de promenade, profitant d’un moment d’inattention, il s’est roulé sur le sol.
Comme il faisait encore nuit, Michel était incapable de voir dans quoi Tilt s’était roulé avec autant de volupté. Une chose était certaine : c’était dans quelque chose de malodorant.

Furieux, Michel n’ayant à la main qu’un sac contenant des morceaux de pain destinés aux oiseaux, lui en a donné un coup. Cela lui a peut-être fait un peu mal car il a couiné.
Sous les injures de son Maître Tilt est rentré précipitamment à la maison, ne se faisant pas prier pour une fois.
Arrivé à l’appartement, Michel l’a essuyé et nettoyé avec des lingettes puis lui a dit d’aller dans son panier.
Tilt a obéi mais dès que Michel s’est éloigné, il s’est précipité dans la chambre où je me trouvais et il s’est jeté sur moi pour que je le prenne dans les bras. Bien entendu, j’ai dit « non » et je me suis détournée sans même le regarder.
J’ai mis mon manteau et mes chaussures. D’habitude, Tilt rapplique dès que je touche aux chaussures mais pas cette fois.
Il était resté dans la chambre, assis à l’endroit où j’avais refusé de le prendre.
Son attitude incarnait le désespoir. J’ai eu envie de le serrer contre moi, mais il ne fallait pas… D’une voix dure j’ai dit « viens ».
Il s’est levé et marchant la truffe contre mes talons, queue rentrée, il m’a suivie. J’ai attaché la laisse sans qu’il relève la tête. Il est monté dans l’ascenseur, a traversé le garage, a sauté dans la voiture et s’est adossé à la porte, les yeux entre-ouverts fixés sur moi, parfaitement immobile dans une attitude apeurée.
Je faisais celle qui ne le voyait pas. Je suis descendue de voiture pour acheter le pain, il est resté avec son Maître. D’habitude il passe sur mon siège et va s’asseoir sur ses genoux. Là il n’a pas bougé.
Il n’a pas bougé non plus quand j ‘ai posé le pain à quelques centimètres de lui.
Je me suis assise et Michel qui suivait la scène dans le rétroviseur, pris de pitié, a dit : « appelle--le… »
J’ai dit « Viens », il n’a pas bougé, je me suis retournée, l’ai regardé et j’ai dit une nouvelle fois « viens » d’une voix douce.
Alors tout doucement, il est venu sur mes genoux, a blotti sa tête dans le pli de mon bras et pendant les vingt minutes de voyage, n’a pas bougé…
Ce n’est que petit-à petit qu’il a retrouvé au cours de la journée sa bonne humeur habituelle.
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